Lettre à M. Monsieur Jean-François Matteï, Ministre de la Santé (15 novembre 2002)
Monsieur le Ministre et cher Collègue,
Permettez-moi de vous soumettre le problème, que pose depuis des années le service d'oncologie de l'hôpital Avicenne.
Ce service est le seul service d'oncologie pédiatrique à ne pas utiliser les essais randomisés, mis en œuvre systématiquement par les 34 autres services français. Le docteur Nicole Delépine, qui dirige ce service, estime en effet que les traitements " personnalisés ", qu'elle applique et qui sont en permanence adaptés à l'évolution de la maladie, donnent un pourcentage de résultats favorables très supérieur au pourcentage constaté à l'Institut Gustave Roussy et dans les autres services qui utilisent les mêmes protocoles.
De plus, les enfants, chez qui les traitements standardisés n'ont pas obtenu de résultat positif, trouvent dans le service du Dr Nicole Delépine une deuxième chance d'amélioration ou même de guérison, ce qui, pour les parents de ces enfants cancéreux, constitue un avantage inestimable.
Il me paraît donc essentiel que ce service puisse continuer à fonctionner dans les meilleures conditions. Or le Dr N. Delépine, dont la taille du service s'est déjà trouvée réduite de 25 à 9 lits lors de son transfert de l'hôpital R. Debré à l'hôpital Avicenne, se trouve depuis des mois dans les difficultés les plus grandes du fait du manque de personnel infirmier.
Le Directeur de l'hôpital, prétendant ne pas pouvoir lui allouer le personnel indispensable, lui interdit d'hospitaliser de nouveaux malades, ce qui revient à programmer la mort de ce service. Le manque d'infirmières est tel que le Dr N. Delépine hésite même à hospitaliser des patients, qu'elle a déjà pris en charge.
Il semble en outre que certains, souhaitant la disparition de ce service, fassent volontairement courir des rumeurs défavorables, ce qui crée un climat hostile, interdisant à l'équipe médicale de travailler avec la sérénité indispensable.
Le 25 octobre dernier, le Directeur Général de l'AP-HP et le Président adjoint du Conseil d'Administration se sont engagés formellement " à mobiliser tous les moyens permettant de procéder à de nouveaux recrutements infirmiers pour préserver l'accueil de cette unité ". Or trois semaines plus tard, le nombre d'infirmières reste à un niveau tellement faible, que l'activité du service continue à se trouver très limitée.
Je me permets donc, Monsieur le Ministre et cher Collègue, de vous demander de bien vouloir intervenir, pour que le Dr N. Delépine puisse enfin obtenir les moyens indispensables au bon fonctionnement de son service et pour qu'elle retrouve la tranquillité d'esprit, que requiert son activité médicale, particulièrement difficile.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre et cher Collègue, l'assurance de ma haute considération.
Professeur F. Guérin
Ancien chef du service de cardiologie de l'hôpital Cochin
Membre du Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de Paris
Président de l'Association Médicale de Défense de la Déontologie et des Droits des Malades