Lettre à Madame Rose Marie Van Lerberghe, Directrice Générale de l'AP-HP (10 mars 2003)

Madame la Directrice Générale,
 
 
 
Permettez-moi d'intervenir auprès de vous à propos du douleureux problème, que connaissent les parents des enfants, qui ont le besoin absolu d'une hospitalisation d'urgence dans l'Unité Fonctionnelle du Dr Nicole Delépine et qui se heurtent au refus de leur admission par l'administration d'Avicenne, sous le prétexte fallacieux de „l'insécurité" que comporterait leur admission dans cette unité.
Ne pensez-vous pas en fait que la sécurité de ces enfants est bien plus compromise par leur rejet hors de l'hôpital que par leur hospitalisation dans l'unité de N. Delépine, pédiatre spécialisée en oncologie, qui traite depuis 25 ans les enfants atteints de cancer ?
Le fait d'hospitaliser des enfants dans un hôpital principalement dévolu au traitement de malades adultes ne me paraît pas poser un réel problème : ancien chef du service de cardiologie de l'hôpital Cochin et m'étant spécialisé dans la prise en charge des enfants atteints de cardiopathies congénitales et acquises, j'ai été amené, pendant 30 ans et jusqu'à une date récente, à hospitaliser dans mon service des enfants de tout âge, sans que cela provoque la moindre difficulté dans cet hôpital d'adultes. Je voudrais également souligner à ce propos que les services d'oncologie de Curie et de Gustave Roussy admettent régulièrement des enfants, alors même qu'il n'existe pas dans ces hôpitaux d'adultes de structure particulière pour les accueillir...
Nicole Delépine, qui a présenté ses travaux dans de nombreux congrès internationaux et qui a publié des centaines d'articles dans des revues internationales de haut niveau, a une réputation qui déborde largement nos frontières. Au cours du dernier mois, c'est de Russie, de Suisse et du Maroc qu'elle a reçu des demandes d'admission pour des enfants de 5 à 10 ans. Outre le grave préjudice causé à ces enfants, qui perdent ainsi une chance de guérison, il me paraît extrêmement dommageable pour la réputation de l'AP-HP que le refus de les hospitaliser oblige les parents de ces enfants à chercher dans d'autres pays la possibilité de traiter efficacement leur enfant.
Actuellement la petite Orlane, âgée de 3 ans et demi, attend depuis des mois l'autorisation d'être hospitalisée ! Il en va de même pour la petite Essaoudi, qui attend depuis 15 jours cette autorisation, alors qu'elle vient de subir une amputation du membre inférieur à St Vincent de Paul et que le traitement post-opératoire est une urgence...
Sans doute savez-vous que le Comité de Vigilance, créé par les parents d'enfants cancéreux, a obtenu le soutien de plus de 20.000 personnes, et qu'il a décidé de manifester devant le Ministère de la Santé le 29 mars prochain, si le problème de ces enfants, interdits d'hospitalisation à Avicenne, n'était pas résolu d'ici-là. Compte tenu des procès actuellement intentés par certains parents contre des médecins de Curie et de Gustave Roussy, je ne pense pas qu'il soit opportun de laisser se développer un mouvement de cette ampleur, qui aura bien entendu de nombreux échos dans la presse.
Madame la Directrice Générale, une lettre de vous autorisant le Pr L. Guillevin à hospitaliser dans l'Unité Fonctionnelle de N. Delépine des enfants ayant leur autonomie, c'est-à dire ayant dépassé l'âge du nourrisson, mettrait un terme au débat, qui enflamme actuellement tous les parents qui se trouvent confrontés au dramatique problème de la recherche du traitement donnant les meilleures chances de guérison à leur enfant atteint d'un cancer des os.
Espérant que vous voudrez bien répondre favorablement aux demandes de ces parents, je vous prie d'agréer, Madame la Directrice Générale, l'assurance de ma haute considération.
 
 
 
Pr F. Guérin