La conférence de presse de l’AMDDDM contre les
sanctions (22/11/05)
AFP – Sécu: des médecins s'élèvent contre
les sanctions pour fraudes et abus
L'association médicale de défense de la déontologie et des
droits des malades (AMDDDM) s'est "élevée en force", mardi lors d'une
conférence de presse, contre le dispositif de sanctions financières visant les
médecins responsables d'abus ou de fraudes à la sécurité sociale.
L'association a annoncé avoir déposé un recours en Conseil d'Etat contre un
décret, daté du 23 août 2005 qui découle de la réforme de l'assurance maladie
et instaure des "pénalités" financières à l'encontre des médecins,
assurés sociaux, employeurs et établissements de santé dans le cas d'abus ou de
fraudes.
"Nous nous élevons en force contre ce décret qui
veut obliger les médecins à exercer dans un carcan", a déclaré le
président de l'AMDDM François Guérin.
Selon lui, ce texte "viole délibérément le secret médical" dans la
mesure où il y a, avec ce décret, "obligation de donner des raisons médicales
à tout arrêt de travail", par exemple, et "bafoue" la liberté de
prescription des praticiens, deux principes pourtant inscrits dans le Code de
déontologie médicale.
"Il s'agit d'autre chose que de réprimer les fraudes, il s'agit d'obliger
les médecins à restreindre les arrêts de travail, les thérapeutiques",
a-t-il ajouté, déplorant : "ce seront en réalité les malades qui en
pâtiront".
le but de ces réforme, est, in fine, de "réduire les dépenses de
santé", a-t-il regretté.
Selon l'AMDDDM, qui dit représenter 1.200 médecins, ce dispositif pénalise
médecins libéraux comme praticiens hospitaliers.
L'assurance maladie a lancé cette année un plan d'action contre la fraude et
les abus en matière d'indemnités journalières, de prescriptions et
remboursements à 100%, qui repose notamment sur le ciblage des contrôles des
comportements qu'elle juge abusifs.
APM : Une association de médecins dépose un
recours en Conseil d'Etat contre le décret sur les sanctions financières en cas
de fraude ou d'abus
- L'Association médicale de défense de la déontologie et des
droits des malades (AMDDDM) a déposé un recours en annulation devant le Conseil
d'Etat contre le décret relatif aux sanctions financières applicables aux
médecins, établissements de santé, employeurs et assurés en cas de fraude ou
d'abus, a-t-on appris mardi auprès du président de l'association, le Pr François Guérin.
L'association, composée uniquement de médecins, a également lancé un appel aux
médecins, aux syndicats médicaux et au Conseil national de l'Ordre des médecins
(Cnom) pour demander le retrait du texte.
L'AMDDDM estime que ce texte, paru le 23 août 2005 (cf
dépêche APM SOIHP001), "institue un contrôle absolu des prescriptions
médicales" et veut "enfermer les médecins dans un carcan les
obligeant à pratiquer une médecine au rabais".
Ce décret précise notamment, en application de l'article 23 de la loi relative
à l'assurance maladie, les diverses infractions possibles regroupées par
catégorie professionnelle et le montant des pénalités encourues, qui
s'échelonnent de 75 à 5.000 euros.
L'AMDDDM souligne dans un communiqué paru mardi que sont également visés par ce
décret "tous les actes ou traitements considérés comme 'déviants' parce
qu'ils ne seraient pas conformes aux référentiels, aux accords de bon usage des
soins ou aux protocoles édictés par la Haute autorité de santé (HAS), le but
étant d'obliger les médecins à diminuer leurs prescriptions d'arrêts de
travail, d'examens complémentaires et de traitements".
"Aucun malade ne ressemble à un autre", considère François Guérin.
"S'il s'agit d'utiliser et d'appliquer aveuglément des protocoles imposés
par la HAS, on n'a plus besoin de médecins, un ordinateur suffit".
Sans remettre en cause le bien-fondé des référentiels de bonne pratique,
l'AMDDDM souhaite préserver la liberté de prescription du médecin, selon le
communiqué.
Par ailleurs, François Guérin estime que ce texte et certaines dispositions de
la loi relative à l'assurance maladie "violent délibérément le secret
médical", notamment "l'obligation faite au médecin de spécifier les
raisons médicales de l'arrêt de travail ou du contrôle de la conformité des
actes avec les référentiels ou les protocoles dans le cadre de la 'liquidation
médicalisée' exigée par la caisse d'assurance maladie" pour rembourser le
patient.
L'association souligne dans son appel contre le décret que ces dispositions
réglementaires s'appliquent aussi bien aux médecins libéraux qu'aux médecins
hospitaliers et que les directeurs des caisses, en cas de dépenses jugées
indues, pourraient appliquer des pénalités financières aux établissements qui
se retourneraient alors contre leurs médecins grâce aux sanctions permises par
la "contractualisation interne".
Quotidien du Médecin : Des médecins exigent l'abrogation du décret sur les
pénalités financières
Deux cents médecins libéraux et hospitaliers, soutenus par
l'Association médicale de défense de la déontologie et des droits des malades (Amdddm), exigent le retrait du décret sur les pénalités
financières, publié cet été en application de la réforme de
l'assurance-maladie. Pour ces praticiens, ce dispositif entrave la liberté de
prescription, viole le secret médical et aura des conséquences sur la prise en
charge des malades les plus vulnérables. Un recours en Conseil d'Etat a été
déposé pour annuler le texte.
LE DECRET
daté du 23 août 2005 (1), qui instaure un dispositif de pénalités
financières graduées jusqu'à 5 000 euros contre les professionnels de
santé, assurés, établissements de santé ou employeurs auteurs d'abus ou de fraudes
à l'assurance-maladie, provoque une nouvelle poussée de fièvre dans le monde
médical. Malgré les explications de la Cnam sur le
caractère « très minoritaire » (1 %) des pratiques ou
comportements frauduleux des assurés et des médecins susceptibles de faire
l'objet de contrôles ciblés et de sanctions financières (« le
Quotidien » du 14 novembre), quelque deux cents praticiens « de
toutes opinions, hospitaliers, libéraux, généralistes et spécialistes » lancent
un appel aux « confrères, aux syndicats médicaux et aux conseils de
l'Ordre » pour exiger le retrait de ce décret. L'Association médicale
de défense de la déontologie et des droits des malades (Amdddm),
créée en 1990 et qui dit représenter 1 200 médecins, soutient ces
praticiens « sans réserve » et a déposé un recours en Conseil
d'Etat pour l'annulation du décret.
Délivrer les soins les plus appropriés à chaque patient.
Président
de cette association, le Pr François Guérin
précise qu'« il ne s'agit pas d'une action corporatiste », qui
refuserait par principe toute politique de contrôle de l'assurance-maladie.
Mais bien d'un combat « dans l'intérêt du malade » pour que
soit respecté le cœur du métier de médecin et le code de déontologie
médicale : article 8 sur la liberté des prescriptions les plus appropriées,
article 32 sur la délivrance de soins consciencieux fondés sur les données
acquises de la science, article 103 sur le médecin chargé du contrôle qui
ne doit pas s'immiscer dans le traitement, etc.
Pour le Pr Guérin, ce décret « comptable »
sur les pénalités « bafoue l'éthique » puisqu'il vise à « réduire
les dépenses » (indues), ce qui ouvre la porte, affirme-t-il, à
toutes les « extrapolations dangereuses ».
Par
exemple, l'obligation pour les médecins (sous peine d'amendes) de mentionner
systématiquement les éléments médicaux justifiant les arrêts de travail
ou de transport, mais aussi de prescrire aux patients en ALD un traitement « en
conformité » avec le protocole, constituerait non seulement une « violation »
du secret médical mais entravera dans de nombreuses situations la liberté
souveraine de prescrire « en conscience » certains soins ou
traitements appropriés. Pour le président de l'Amdddm,
il est impossible pour un médecin d'appliquer uniformément à tous les malades
une « thérapeutique standard », car « il n'existe
pas de malade moyen, de malade-type ». Le décret, ajoute-t-il, « enferme
les médecins dans un carcan » et créé les conditions d'une « médecine
au rabais » en obligeant les professionnels à « restreindre
les examens complémentaires, les thérapeutiques ».
Le cas des exercices particuliers.
Plusieurs
médecins témoignent de la difficulté d'exercer leur métier dans ce contexte
d'encadrement des prescriptions et d'enveloppes budgétaires fermées. « La
Cnam a créé en son sein une direction de la
répression des fraudes, constate ce praticien, à juste titre. Quelle
rapport avec les médecine ? On nous demande de remplir les bonnes cases
pour le médecin traitant, de renseigner le dossier médical, de respecter les
protocoles, demain il faudra mentionner sur la feuille de soins si le malade
mange des légumes, et quoi encore? » Pour ce médecin, la « relation
avec le malade est altérée » par des dispositions qui « pénaliseront »
les patients « les plus lourds et les plus vulnérables ».
La forte pression
de la Cnam pour que les médecins respectent
strictement la réglementation sur l'ordonnancier bizone dans le cadre de la
prise en charge des patients en ALD (en distinguant ce qui relève du
remboursement à 100 % et du droit commun) est également mal vécue. « Prescrire
dans la case 100 % pour des patients âgés, qui ont une retraite très
faible, une pension d'invalidité relève-t-il de la fraude? », interroge
un médecin.
Le
Dr Bui, médecin généraliste acupuncteur à Paris,
met l'accent sur un autre « effet pervers » du
dispositif : l'obligation, toujours sous peine de pénalités, de mentionner
le caractère non remboursable des actes et prestations. « De nombreux
acupuncteurs ou rhumatologues ont un exercice qui s'écarte des AMM (autorisation
de mise sur le marché) ou qui n'entre pas dans les indications des
protocoles. Seront-ils sanctionnés ? »
Une
inquiétude partagée par ce praticien hospitalier, hématologue, qui craint lui
aussi une remise en cause de sa liberté de prescription pour certains
traitements particuliers. Ou encore par ce psychiatre qui rappelle que les
pratiques, dans sa discipline, « ne sont pas formatables ».
Reste à
savoir si cet appel trouvera un écho dans la profession. Quant aux syndicats
médicaux, si certains ont fait pression pour amender le décret antifraudeurs avant sa publication (pour que la procédure
soit plus équitable, contradictoire, susceptible de recours...), ils veulent
juger sur pièces et n'exigent pas pour l'instant l'abrogation du nouveau
dispositif.
(1) Décret
« pénalités » publié au « Journal officiel » du
25 août 2005.
Egora : Déontologie
et réforme Douste-Blazy ne font pas bon ménage
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Sandra Boutin |
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Au beau milieu de l´été dernier, un décret est paru au Journal
Officiel qui fixe les sanctions financières à l´encontre notamment des
médecins qui ne respecteraient pas un certain nombre de règles et
d´obligations. Ainsi les médecins libéraux et hospitaliers doivent-ils
mentionner les éléments d´ordre médical justifiant les arrêts de transports
et transports sanitaires qu´ils prescrivent. Ils doivent également préciser,
le cas échéant, le caractère non remboursable des produits, prestations et
actes mais aussi respecter le protocole de soins des patients en ALD,
c´est-à-dire en clair s´engager dans le bon usage de l´ordonnancier bizone. |
L’Humanité : Économies contre
déontologie. sécu . Des médecins protestent
contre les contrôles et les sanctions.
L’Association
médicale de défense de la déontologie et du droit des malades (AMDDDM) fait
désormais partie des adversaires de la réforme de l’assurance maladie. Elle a
déposé un recours en Conseil d’État contre un décret découlant du dispositif
Douste-Blazy, qui édicte les sanctions applicables aux patients, médecins ou
établissements de santé convaincus de fraudes ou d’abus. Pour l’AMDDDM, cette
dernière notion, trop floue, laisse le champ libre à l’interprétation.
« Ne s’agira-t-il pas, pour respecter les budgets alloués à l’assurance
maladie, de punir les comportements déviants, les médecins qui, dans l’intérêt
de leurs malades, ne se conforment pas exactement aux référentiels
médicaux ? » s’interroge le Pr François
Guérin, président de l’association. « Nous ne sommes pas contre des
règles, mais il faut de la souplesse », ajoute-t-il.
Le texte
prévoit des pénalités financières quand le médecin ne précise pas les raisons
d’un arrêt de travail ou de la prescription d’un transport, quand il omet de
signaler à son patient que certaines prescriptions ne sont pas remboursables.
Ou encore quand il déroge au protocole de soins des patients en affection de
longue durée (ALD), en ne dissociant pas systématiquement les prescriptions
relevant de l’ALD remboursées à 100 % et celles qui relèvent d’autres
affections, moins bien prises en charge.
Pour
l’association, ces punitions et les contrôles qu’elles supposent, décidés au
nom d’une logique économique envahissante, bafouent le secret médical et sont
contraires au code de la déontologie. « Nous sommes responsables de nos
malades, pas de montants et de dépenses », s’insurge le Dr Martine Debat, membre de l’AMDDDM.
Anne-Sophie Stamane